Septains – 15

Tu remercieras la tempête. Pour la candeur
ressuscitée de cette promenade où tu passais
hier – distrait et fugitif comme un revenant.

Pour l’effort franc que creusent aujourd’hui
ces pas où tu t’oublies un peu. Pour la chaleur
qui t’accueillera demain comme une amie.

Et pour l’inépuisé qui scintille à jamais aux bancs de neige.

Septains – 14

Hier l’hiver t’a offert un printemps. Tu aurais pu
cueillir l’avenir en fleur aux branches des arbres
endormis. Comme si la vie te parlait. Comme si

Ne renie plus la connivence des choses muettes.

Fais comme les amoureux qui reçoivent de partout
la preuve dont ils n’ont pas besoin pour être magiques.

Laisse le monde rayonner – pour un instant – autour de ta béance.

Septains – 13

Tu voudrais rester au lit ce matin. Le réveil t’a pris
au ventre comme une honte d’enfant. Mais rien

ne viendra te consoler. Désormais tu accoucheras
seul de toi-même. Et tu viendras au monde seul

comme l’ange. Tu as toujours été l’ange étincelant
des jours de grand soleil. C’est la nuit qui t’abîme.

C’est le rêve. Il veut que tu sois encore aimé.

Septains – 12

Quelque chose a changé. Depuis que tu es sans
trajet la ville ouvre des vies sur ton passage.
Dans chaque direction des vies qui ne sont pas
la tienne. Fulgurantes. Inassouvies. Belles.

Tu n’as jamais été si seul. Mais des sourires
neufs t’apparaissent – sur le visage des autres.

Tu marches peut-être pour la première fois.

Demain

J’allumerai un peu de soir neuf
sur la traînée de notre étoile filée au noir à l’horizon.

Je ferai l’amour aux courants
d’air qui caresseront le souvenir de nos contacts.

Je m’abrillerai de distances
chaudes comme le lit que tu quittes à peine.

Puis je dormirai toute ma vie sans toi.